« Anticiper un changement de régime n’est pas un travail utopique ou vain »

Le 9 août 2020, lors du vote ayant conduit à la réélection d’Alexandre Loukachenko, les Biélorusses, emmenés par un trio de femmes extrêmement courageuses – les opposantes Svetlana Tsikhanovskaïa, Veronika Tsepkalo et Maria Kolesnikova –, tentaient de faire tomber « la dernière dictature d’Europe ». La terrible répression menée par le pouvoir, fort bien aidé et soutenu par celui de Moscou, qui lui envoya ses forces de sécurité, brisa cet élan démocratique et poussa à l’exil des milliers de citoyens qui rêvaient d’avoir la possibilité de choisir l’avenir de leur pays.

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Trois ans plus tard, des milliers de prisonniers politiques croupissent toujours dans les infâmes geôles du régime biélorusse, tandis que le pays est plus que jamais dépendant de son voisin russe et « occupé » par ses forces armées, selon le terme de Svetlana Tsikhanovskaïa. Des armes nucléaires russes vont être déployées sur le sol biélorusse, en contradiction totale avec la Constitution, et Wagner, cette milice criminelle, se déploie déjà rapidement sur son territoire.

Les sanctions économiques européennes prises jusqu’ici à l’encontre du régime de Loukachenko – après des épisodes de répression sanglante comme le détournement de l’avion Ryanair pour arrêter un journaliste opposant au régime ou l’immonde trafic de migrants organisé par Minsk pour déstabiliser la Pologne, la Lituanie et la Lettonie – ne peuvent être notre seule réponse à ces attaques plus récentes contre notre modèle et nos valeurs.

Utile au Kremlin

Pour des raisons stratégiques, la Biélorussie devient de mois en mois un territoire indispensable pour la guerre de Poutine en Ukraine, et une menace pour les Ukrainiens en cas d’une nouvelle invasion russe par le nord. D’un point de vue politique, le pays est primordial dans le narratif de Poutine et de son « monde russe ».

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Loukachenko, qui pendant des années a semblé vouloir résister aux pressions du président russe et a même rêvé de devenir le tsar de Biélorussie et de Russie, se révèle aujourd’hui un véritable serviteur des ambitions du Kremlin. Politiquement et économiquement fragilisé depuis trois ans, le pouvoir biélorusse ne doit sa survie qu’au bon vouloir de Moscou.

Alors, que faire face à un régime aussi utile à Poutine ? Dans un premier temps, plus que de décider de nouvelles sanctions, il serait pertinent de veiller à la bonne application des sanctions déjà décidées. Leurs contournements sont encore trop nombreux. Dans un second temps, il faut mettre le paquet dans notre soutien à l’opposition biélorusse. Incarnée par Svetlana Tsikhanovskaïa, elle s’est bien structurée et a proclamé un gouvernement en exil. Les institutions européennes et nationales doivent avoir des échanges réguliers avec ce gouvernement et les responsables politiques qui le composent.

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