Au Maroc, le nucléaire pour lutter contre la pénurie d’eau

Proche du niveau de « pénurie extrême en eau », selon les Nations unies, avec une disponibilité par habitant et par an qui dépasse péniblement les 600 m3, le Maroc peut-il trouver avec le nucléaire un moyen de combattre efficacement le stress hydrique, qui sévit dans le pays et s’aggrave année après année ? L’annonce, le 28 juillet, en marge du deuxième sommet Russie-Afrique, de la signature d’un protocole d’accord entre Water and Energy Solutions, une filiale de l’Office chérifien des phosphates (OCP), et Rosatom (société nationale russe pour l’énergie atomique), est venue apporter un début de réponse à ce que le cabinet royal a nommé depuis peu « la question stratégique de l’eau ».

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Avec le géant russe, qui se targue de compter le plus grand parc de centrales en projet à l’étranger, le Maroc, où douze stations de dessalement fonctionnent aux énergies fossiles et renouvelables, entend profiter d’une expertise reconnue dans le dessalement de l’eau de mer au moyen du nucléaire. Membre du club très fermé des pays dotés d’unités de dessalement couplées à des réacteurs, la Russie fait en effet figure de pionnier : elle a lancé la première unité du genre en 1973 et son site de Rostov affiche dans ce domaine la seconde capacité mondiale de dessalement.

« Le dessalement nucléaire permet une production en eau de très grande capacité pour un coût moindre en comparaison d’autres technologies, explique Quentin Blondel, ingénieur au Groupement pour la recherche sur les échangeurs thermiques. Sa production est également stable, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, car elle n’est pas soumise aux fluctuations de l’énergie primaire, en comparaison avec les énergies fossiles, éoliennes ou encore solaires. »

« Province uranifère »

Alors que Rosatom construit en Egypte et en Turquie des réacteurs à eau pressurisée (REP), dont une part importante de la puissance sera dédiée au dessalement, la piste envisagée au Maroc consisterait plutôt en l’installation de petits réacteurs modulaires (PRM) : ils présentent une capacité plus faible, mais ont l’avantage d’offrir des choix de production « multiple et localisée », ajoute M. Blondel. Une étude de la faculté des systèmes énergétiques et des sciences nucléaires de l’Ontario soulignait, en 2022, que les PRM sont « l’une des options les plus prometteuses avec une sécurité nucléaire renforcée ».

Si le choix de Rosatom aura des conséquences sur la dépendance du Maroc à la technologie russe, le royaume pourrait cependant jouer la carte d’un approvisionnement local en uranium. Dans une note publiée le 10 août, largement relayée par la presse marocaine, le Middle East Institute est longuement revenu sur cette hypothèse. « Le Maroc possède 73 % des réserves mondiales de phosphate naturel, qui contiennent également 6,9 millions de tonnes d’uranium, soit la plus grande quantité au monde. (…) Un dessalement nucléaire abordable, alimenté par l’uranium marocain, pourrait constituer une partie importante de la solution », a préconisé le groupe de réflexion, basé à Washington.

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