En Israël, vives réactions après le classement par l’Unesco d’un site archéologique près de Jéricho

LETTRE DE JÉRICHO

Le site archéologique de Tell es-Sultan s’élève un peu à l’écart du centre-ville de Jéricho, dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée. Il apparaît au visiteur profane comme un simple monticule de terre trouée, un enchevêtrement de fossés et d’escaliers, un peu décevant pour qui s’y rendrait sans s’informer au préalable. Mais les Palestiniens ne boudent pas leur plaisir : ces vestiges sont les premiers qu’ils soient parvenus à faire classer au patrimoine mondial de l’Unesco, par un vote à l’unanimité du comité réuni à Riyad, en Arabie saoudite, à la mi-septembre.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture salue la valeur universelle de ces vestiges, l’une des premières agglomérations connues où des hommes se firent sédentaires, à partir du Xe millénaire avant Jésus-Christ. Vers 7 000 avant notre ère, les têtes de certains défunts y étaient enterrées avec un surmodelage d’argile : c’est l’une des premières manifestations de culte religieux dans la région. Puis à l’âge du bronze s’y bâtit l’une des premières villes dignes de ce nom au Proche-Orient : un habitat structuré et compartimenté, révélateur d’une organisation sociale, doté d’enceintes et de palais, qui prospérèrent près des eaux du Jourdain et d’une source locale.

Difficilement contestable sur le fond, ce classement a pourtant suscité de vives réactions en Israël. Le ministère des affaires étrangères a dénoncé « un nouveau signe de l’usage cynique que font les Palestiniens de l’Unesco, et de leur politisation [de l’institution] ». Le ministère ne conteste pas la responsabilité de l’Autorité palestinienne sur le site, fruit des accords dits d’Oslo II de 1995, ni son droit à le soumettre au comité de l’Unesco. Mais il estime que ce classement gomme sciemment l’histoire juive du site, plus récente, en ne mentionnant pas le récit biblique de la conquête de Jéricho par les Hébreux, menés par Josué, puis celui de leur établissement sur la terre promise. « Ils effacent ainsi l’héritage juif mais aussi chrétien de la ville », s’indigne Lior Haiat, le porte-parole du ministère.

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« Vision ultranationaliste »

Les diplomates israéliens étaient pressés de réagir par une alliée d’extrême droite, la ministre des missions nationales Orit Struck, suprémaciste juive issue du mouvement colon. Le ministre chargé des liens avec la diaspora juive, Amichai Chikli, a comparé pour sa part le choix de l’Unesco aux méthodes de propagande du IIIe Reich. Il a craint aussi que l’Autorité palestinienne « n’endommage » le site, « si elle est laissée sans contrôle ».

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