Un faux journaliste russe expulsé de Moldavie

Direction l’aéroport, sans bagages, pour le premier vol, avec correspondance, à destination de Moscou. C’est ce qui est arrivé mercredi 13 septembre au « journaliste » russe Vitali Denissov, expulsé au pas de charge par les autorités moldaves. Directeur du bureau de l’agence d’information officielle russe Sputnik en Moldavie, l’homme, âgé de 54 ans, a été démasqué, rapporte le média d’investigation The Insider : « Denissov a une relation très indirecte avec le journalisme et se trouve vraisemblablement être un officier du 72e centre de services spéciaux (unité 54777), qui, dans l’intérêt du GRU [direction du renseignement militaire russe], est engagé dans la désinformation des publics étrangers. »

Petit pays militairement et économiquement très vulnérable face à la Russie, la Moldavie avait bloqué le site Web de Sputnik Moldova, dès le 24 février 2022 et l’invasion de son voisin ukrainien. Une décision motivée par le risque de « désinformation affectant la sécurité nationale », du fait de la pénétration importante des médias d’Etat russes dans cette ancienne république soviétique, dont une large partie de la population est russophone. En juillet, The Insider et Jurnal TV (une chaîne moldave) avaient déjà publié une enquête sur les activités du renseignement menées de l’ambassade de Russie à Chisinau, entraînant l’expulsion de quarante-cinq diplomates russes.

A peine rentré à Moscou, Vitali Denissov s’est plaint à la télévision de n’avoir « pas été autorisé à faire [ses] valises ni même à prendre [ses] animaux de compagnie », tout en annonçant, sur un ton mordant, son intention de déposer une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme : « N’est-ce pas à la mode désormais pour les Russes ? »

Colonel des troupes aéroportées

The Insider a pourtant déniché des éléments croustillants dans sa biographie. Diplômé de l’Ecole militaire supérieure de politique de Lviv, en 1992, un an après l’indépendance de l’Ukraine, Vitali Denissov refuse de prêter serment à Kiev et part pour Moscou, où il loge dans un foyer d’officiers non loin du siège du GRU. Il écrit alors dans Tribouna Za Roubejom (« tribune à l’étranger »), une publication connue pour délivrer des cartes de journaliste aux agents du GRU, afin qu’ils puissent travailler sous couverture à l’international.

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En 2005, il reçoit un logement du ministère de la défense, ainsi que la carte d’officier n° AA 0014839. Son CV comporte ensuite des trous caractéristiques. Il réapparaît en 2013 à la direction principale des enquêtes de la région de Moscou, bien qu’il ne possède pas de formation juridique. Trois ans plus tard, il reçoit le grade de colonel des troupes aéroportées. Il ne revient dans les médias qu’en 2019, lorsqu’il est nommé rédacteur en chef de Sputnik en Ossétie du Sud, région de Géorgie occupée par l’armée russe. Mais l’air du Caucase lui joue des tours. Il provoque un scandale en affirmant être la victime d’une tentative d’empoisonnement au gaz de ville – sans être cru. Qu’à cela ne tienne, Vitali Denissov poursuivra sa mission en Moldavie.